La petite histoire de Grand Lieu

Extraits choisis pour Le Mag du Lac de Radio Grand Lieu

Prochainement en podcast

Les niveaux d’eau

Remontons un peu le temps pour comprendre la problématique des niveaux d’eau à Grand Lieu et les conflits d’intérêt et d’usage qui ne datent pas d’hier…

« Quand les (moines) Cisterciens vinrent s’installer à Buzay, au XIIe siècle, pour fonder un établissement durable, ils n’auraient pas accepté des terrains aussi marécageux s’ils n’avaient pas entrevu la possibilité de les assécher convenablement pour l’élevage des chevaux et du bétail.

Leur système de dessèchement consistait dans une combinaison de digues, de canaux et d’écluses qui devait être inspirée par la vue de ce que font les paludiers pour des marais salants. Après avoir évacué le trop plein des eaux pluviales, ils s’efforçaient de faire des retenues pour les irrigations et en temps de sécheresse, ils ouvraient des passées pour l’introduction des marées. Après avoir établi une forte digue sur le périmètre de leurs pâturages, sur une largeur de 32 pieds, ils élevèrent d’autres digues moindres dont le développement dépassait deux lieues de longueur.

Le port d’hiver à Passay © Isabelle Pellé

Au XIe siècle, les conflits opposent les seigneurs de Grand Lieu aux moines de Buzay et aux officiers ducaux . L’agriculture fait face aux moulins. Ces oppositions mettent en relief la divergence d’intérêt, maintes fois, reconnue, entre les gestionnaires de l’amont et ceux de l’aval.

Plaintes à Saint Mars contre l’inondation, murs renversés, jardins, maisons submergées dans les villages de l’Eveterie, de la Gabardière, de la Charie, d’Ozinnes et jusque dans le bourg. À Saint Lumine de Coutais, on réclame l’enlèvement des bresses, mottes et écluses qui bouchent le passage du Port Saint Père (…) À Saint Philbert, l’eau a monté si haut que l’église a été inondée sans qu’on puisse célébrer la messe. Les habitants de la Chevrolière répètent ces plaintes : le lac, qui était autrefois à la distance d’un jet de boule, envahit Passay où il a renversé 7 ou 8 maisons, passe par-dessus la maison de la Touche et pénètre dans celle de l’Arsangle. Au Pont Saint Martin, plus de 300 personnes viennent crier famine devant le commissaire enquêteur, parce que les terres à blé sont couvertes, les jardins et les prés sans récolte, et que, depuis 7 ans, ces calamités se renouvellent sans cesse. À Saint Aignan, l’eau est souvent dans l’église jusqu’au maître-autel. Telle est la situation des environs du lac dans la première moitié du XVIe siècle.

Pendant les crues de la Loire, les portes de Buzay restaient constamment fermées, les bateaux ne pouvaient plus passer du canal de Buzay dans la Loire et vice versa (…) mais lorsqu’à l’énorme accumulation qui se produisait pendant l’hiver venaient s’ajouter des pluies de printemps intenses et prolongées (…) faisait que toute cette masse d’eau ne s’écoulait plus qu’avec une extrême lenteur. L’eau se maintenait à un niveau supérieur à celui de l’étiage jusqu’à la fin de juillet, sinon plus tard, et les plantes fourragères n’avaient pas le temps d’arriver à leur complet développement.

Le déssèchement du lac soulevait beaucoup de questions qui n’étaient pas éclaircies et pouvaient troubler bien des intérêts suivant la solution qu’on adopterait. Il n’était pas facile de ménager tout à la fois les droits de pêche, les droits de navigation et les droits de propriété, les droits souverains du Roi et les droits des particuliers. (…) Le projet de dessécher le lac est contraire au bien public et en contradiction avec les ordonnances royales qui prescrivent de multiplier les voies de communication pour le commerce ».

Bibliographie

Monographies des villes et des villages de France : le lac de Grand Lieu et ses affluents, Léon Maître (Le livre d’histoire)

Mémoire des paysages entre Loire et Baie, Grand Lieu, Lac et Marais, Dominique Pierrelée (Ed. Siloe)

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